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Vendredi 16 mars 2007 5 16 /03 /Mars /2007 11:51

l le  port de Carthage

Par histoire - Publié dans : www.hana
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Jeudi 15 mars 2007 4 15 /03 /Mars /2007 14:53

 Hannibal, fils d’Hamilcar, était Carthaginois. S’il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu’Hannibal n’ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu’Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s’il n’avait pas été affaibli chez lui par l’envie de ses concitoyens, il semble qu’il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d’un grand nombre triompha du mérite d’un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome. il y resta si fidèle qu’il mourut avant d’y renoncer ; au point qu’ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains.

II. En effet, sans parler de Philippe[1], qu’il rendit de loin l’ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d’un si grand désir de faire la guerre, qu’il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu’Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu’il avait eus auparavant, et ne l’ayant pas fait en vain ; Hannibal l’apprit, et s’étant vu écarter des conseils secrets, il aborda le roi dans un moment favorable ; et, après lui avoir longuement parlé de sa bonne foi et de sa haine pour les Romains, il ajouta ces mots : « Mon père Hamilcar, quand j’étais petit enfant, puisque je n’avais pas plus de neuf ans, partant de Carthage pour l’Espagne en qualité de général, immola des victimes au grand Jupiter. Pendant que le sacrifice se faisait, il me demanda si je voudrais partir avec lui pour l’armée. Comme j’eus reçu cette proposition avec plaisir, et que je me fus mis à le prier de ne pas hésiter à m’emmener : Je le ferai, si tu me donnes la parole que je te demande. Et en même temps il me conduisit à l’autel, où il avait commencé à sacrifier ; et tous les autres assistants étant écartés, il m’ordonna, pendant que j’y posais la main, de jurer que je ne serais jamais en amitié avec les Romains. Ce serment que je fis à mon père, je l’ai gardé jusqu’à ce jour, de telle manière qu’il ne doit être douteux à personne que, durant le reste de ma vie, je ne sois dans la même disposition. Si donc tu médites quelque alliance à l’égard des Romains, tu feras prudemment de me le cacher ; mais quand tu prépareras la guerre contre eux, tu te nuiras à toi-même si tu ne me fais pas chef de l’entreprise. »
III. À l’âge donc que nous avons dit, Hannibal partit pour l’Espagne avec son père ; à la mort d’Hamilcar, Hasdrubal lui ayant été donné pour successeur, Hannibal commanda toute la cavalerie. Le nouveau général ayant aussi été tué, l’armée lui déféra le suprême commandement. Ce choix, connu à Carthage, y fut approuvé par l’autorité publique. Hannibal ainsi fait général, ayant moins de vingt-cinq ans, soumit par les armes, dans le cours des années suivantes, toutes les nations de l’Espagne ; il prit de force Sagonte[2], ville alliée des Romains ; il forma trois armées très puissantes. II en envoya une en Afrique, il en laissa une en Espagne avec son frère Hasdrubal ; il mena la troisième avec lui en Italie. Il passa les défilés des Pyrénées. Partout où il fit route, il se battit avec les habitants du pays ; il ne laissa aucun peuple qu’il ne l’eût vaincu. Après qu’il fut arrivé aux Alpes, qui séparent l’Italie de la Gaule, que jamais personne n’avait traversées avant lui avec une armée, si ce n’est l’Hercule grec (d’où vient qu’aujourd’hui elles sont appelées les Alpes grecques[3]), il tailla en pièces les habitants de ces montagnes, qui entreprenaient d’arrêter sa marche. Il s’ouvrit des passages, se fraya des chemins, et fit en sorte qu’un éléphant chargé pût marcher par des endroits où un homme seul et sans armes pouvait à peine ramper. Ce fut par là qu’il fit passer ses troupes, et qu’il parvint en Italie. Hannibal, fils d’Hamilcar, était Carthaginois. S’il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu’Hannibal n’ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu’Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s’il n’avait pas été affaibli chez lui par l’envie de ses concitoyens, il semble qu’il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d’un grand nombre triompha du mérite d’un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome. il y resta si fidèle qu’il mourut avant d’y renoncer ; au point qu’ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains.
II. En effet, sans parler de Philippe[1], qu’il rendit de loin l’ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d’un si grand désir de faire la guerre, qu’il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu’Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu’il avait eus auparavant, et ne l’ayant pas fait en vain ; Hannibal l’apprit, et s’étant vu écarter des conseils secrets, il aborda le roi dans un moment favorable ; et, après lui avoir longuement parlé de sa bonne foi et de sa haine pour les Romains, il ajouta ces mots : « Mon père Hamilcar, quand j’étais petit enfant, puisque je n’avais pas plus de neuf ans, partant de Carthage pour l’Espagne en qualité de général, immola des victimes au grand Jupiter. Pendant que le sacrifice se faisait, il me demanda si je voudrais partir avec lui pour l’armée. Comme j’eus reçu cette proposition avec plaisir, et que je me fus mis à le prier de ne pas hésiter à m’emmener : Je le ferai, si tu me donnes la parole que je te demande. Et en même temps il me conduisit à l’autel, où il avait commencé à sacrifier ; et tous les autres assistants étant écartés, il m’ordonna, pendant que j’y posais la main, de jurer que je ne serais jamais en amitié avec les Romains. Ce serment que je fis à mon père, je l’ai gardé jusqu’à ce jour, de telle manière qu’il ne doit être douteux à personne que, durant le reste de ma vie, je ne sois dans la même disposition. Si donc tu médites quelque alliance à l’égard des Romains, tu feras prudemment de me le cacher ; mais quand tu prépareras la guerre contre eux, tu te nuiras à toi-même si tu ne me fais pas chef de l’entreprise. »
III. À l’âge donc que nous avons dit, Hannibal partit pour l’Espagne avec son père ; à la mort d’Hamilcar, Hasdrubal lui ayant été donné pour successeur, Hannibal commanda toute la cavalerie. Le nouveau général ayant aussi été tué, l’armée lui déféra le suprême commandement. Ce choix, connu à Carthage, y fut approuvé par l’autorité publique. Hannibal ainsi fait général, ayant moins de vingt-cinq ans, soumit par les armes, dans le cours des années suivantes, toutes les nations de l’Espagne ; il prit de force Sagonte[2], ville alliée des Romains ; il forma trois armées très puissantes. II en envoya une en Afrique, il en laissa une en Espagne avec son frère Hasdrubal ; il mena la troisième avec lui en Italie. Il passa les défilés des Pyrénées. Partout où il fit route, il se battit avec les habitants du pays ; il ne laissa aucun peuple qu’il ne l’eût vaincu. Après qu’il fut arrivé aux Alpes, qui séparent l’Italie de la Gaule, que jamais personne n’avait traversées avant lui avec une armée, si ce n’est l’Hercule grec (d’où vient qu’aujourd’hui elles sont appelées les Alpes grecques[3]), il tailla en pièces les habitants de ces montagnes, qui entreprenaient d’arrêter sa marche. Il s’ouvrit des passages, se fraya des chemins, et fit en sorte qu’un éléphant chargé pût marcher par des endroits où un homme seul et sans armes pouvait à peine ramper. Ce fut par là qu’il fit passer ses troupes, et qu’il parvint en Italie. Hannibal, fils d’Hamilcar, était Carthaginois. S’il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu’Hannibal n’ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu’Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s’il n’avait pas été affaibli chez lui par l’envie de ses concitoyens, il semble qu’il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d’un grand nombre triompha du mérite d’un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome. il y resta si fidèle qu’il mourut avant d’y renoncer ; au point qu’ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains.
II. En effet, sans parler de Philippe[1], qu’il rendit de loin l’ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d’un si grand désir de faire la guerre, qu’il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu’Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu’il avait eus auparavant, et ne l’ayant pas fait en vain ; Hannibal l’apprit, et s’étant vu écarter des conseils secrets, il aborda le roi dans un moment favorable ; et, après lui avoir longuement parlé de sa bonne foi et de sa haine pour les Romains, il ajouta ces mots : « Mon père Hamilcar, quand j’étais petit enfant, puisque je n’avais pas plus de neuf ans, partant de Carthage pour l’Espagne en qualité de général, immola des victimes au grand Jupiter. Pendant que le sacrifice se faisait, il me demanda si je voudrais partir avec lui pour l’armée. Comme j’eus reçu cette proposition avec plaisir, et que je me fus mis à le prier de ne pas hésiter à m’emmener : Je le ferai, si tu me donnes la parole que je te demande. Et en même temps il me conduisit à l’autel, où il avait commencé à sacrifier ; et tous les autres assistants étant écartés, il m’ordonna, pendant que j’y posais la main, de jurer que je ne serais jamais en amitié avec les Romains. Ce serment que je fis à mon père, je l’ai gardé jusqu’à ce jour, de telle manière qu’il ne doit être douteux à personne que, durant le reste de ma vie, je ne sois dans la même disposition. Si donc tu médites quelque alliance à l’égard des Romains, tu feras prudemment de me le cacher ; mais quand tu prépareras la guerre contre eux, tu te nuiras à toi-même si tu ne me fais pas chef de l’entreprise. »
III. À l’âge donc que nous avons dit, Hannibal partit pour l’Espagne avec son père ; à la mort d’Hamilcar, Hasdrubal lui ayant été donné pour successeur, Hannibal commanda toute la cavalerie. Le nouveau général ayant aussi été tué, l’armée lui déféra le suprême commandement. Ce choix, connu à Carthage, y fut approuvé par l’autorité publique. Hannibal ainsi fait général, ayant moins de vingt-cinq ans, soumit par les armes, dans le cours des années suivantes, toutes les nations de l’Espagne ; il prit de force Sagonte[2], ville alliée des Romains ; il forma trois armées très puissantes. II en envoya une en Afrique, il en laissa une en Espagne avec son frère Hasdrubal ; il mena la troisième avec lui en Italie. Il passa les défilés des Pyrénées. Partout où il fit route, il se battit avec les habitants du pays ; il ne laissa aucun peuple qu’il ne l’eût vaincu. Après qu’il fut arrivé aux Alpes, qui séparent l’Italie de la Gaule, que jamais personne n’avait traversées avant lui avec une armée, si ce n’est l’Hercule grec (d’où vient qu’aujourd’hui elles sont appelées les Alpes grecques[3]), il tailla en pièces les habitants de ces montagnes, qui entreprenaient d’arrêter sa marche. Il s’ouvrit des passages, se fraya des chemins, et fit en sorte qu’un éléphant chargé pût marcher par des endroits où un homme seul et sans armes pouvait à peine ramper. Ce fut par là qu’il fit passer ses troupes, et qu’il parvint en Italie. Hannibal, fils d’Hamilcar, était Carthaginois. S’il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu’Hannibal n’ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu’Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s’il n’avait pas été affaibli chez lui par l’envie de ses concitoyens, il semble qu’il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d’un grand nombre triompha du mérite d’un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome. il y resta si fidèle qu’il mourut avant d’y renoncer ; au point qu’ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains.
II. En effet, sans parler de Philippe[1], qu’il rendit de loin l’ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d’un si grand désir de faire la guerre, qu’il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu’Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu’il avait eus auparavant, et ne l’ayant pas fait en vain ; Hannibal l’apprit, et s’étant vu écarter des conseils secrets, il aborda le roi dans un moment favorable ; et, après lui avoir longuement parlé de sa bonne foi et de sa haine pour les Romains, il ajouta ces mots : « Mon père Hamilcar, quand j’étais petit enfant, puisque je n’avais pas plus de neuf ans, partant de Carthage pour l’Espagne en qualité de général, immola des victimes au grand Jupiter. Pendant que le sacrifice se faisait, il me demanda si je voudrais partir avec lui pour l’armée. Comme j’eus reçu cette proposition avec plaisir, et que je me fus mis à le prier de ne pas hésiter à m’emmener : Je le ferai, si tu me donnes la parole que je te demande. Et en même temps il me conduisit à l’autel, où il avait commencé à sacrifier ; et tous les autres assistants étant écartés, il m’ordonna, pendant que j’y posais la main, de jurer que je ne serais jamais en amitié avec les Romains. Ce serment que je fis à mon père, je l’ai gardé jusqu’à ce jour, de telle manière qu’il ne doit être douteux à personne que, durant le reste de ma vie, je ne sois dans la même disposition. Si donc tu médites quelque alliance à l’égard des Romains, tu feras prudemment de me le cacher ; mais quand tu prépareras la guerre contre eux, tu te nuiras à toi-même si tu ne me fais pas chef de l’entreprise. »
III. À l’âge donc que nous avons dit, Hannibal partit pour l’Espagne avec son père ; à la mort d’Hamilcar, Hasdrubal lui ayant été donné pour successeur, Hannibal commanda toute la cavalerie. Le nouveau général ayant aussi été tué, l’armée lui déféra le suprême commandement. Ce choix, connu à Carthage, y fut approuvé par l’autorité publique. Hannibal ainsi fait général, ayant moins de vingt-cinq ans, soumit par les armes, dans le cours des années suivantes, toutes les nations de l’Espagne ; il prit de force Sagonte[2], ville alliée des Romains ; il forma trois armées très puissantes. II en envoya une en Afrique, il en laissa une en Espagne avec son frère Hasdrubal ; il mena la troisième avec lui en Italie. Il passa les défilés des Pyrénées. Partout où il fit route, il se battit avec les habitants du pays ; il ne laissa aucun peuple qu’il ne l’eût vaincu. Après qu’il fut arrivé aux Alpes, qui séparent l’Italie de la Gaule, que jamais personne n’avait traversées avant lui avec une armée, si ce n’est l’Hercule grec (d’où vient qu’aujourd’hui elles sont appelées les Alpes grecques[3]), il tailla en pièces les habitants de ces montagnes, qui entreprenaient d’arrêter sa marche. Il s’ouvrit des passages, se fraya des chemins, et fit en sorte qu’un éléphant chargé pût marcher par des endroits où un homme seul et sans armes pouvait à peine ramper. Ce fut par là qu’il fit passer ses troupes, et qu’il parvint en Italie. Hannibal, fils d’Hamilcar, était Carthaginois. S’il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu’Hannibal n’ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu’Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s’il n’avait pas été affaibli chez lui par l’envie de ses concitoyens, il semble qu’il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d’un grand nombre triompha du mérite d’un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome. il y resta si fidèle qu’il mourut avant d’y renoncer ; au point qu’ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains.
II. En effet, sans parler de Philippe[1], qu’il rendit de loin l’ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d’un si grand désir de faire la guerre, qu’il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu’Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu’il avait eus auparavant, et ne l’ayant pas fait en vain ; Hannibal l’apprit, et s’étant vu écarter des conseils secrets, il aborda le roi dans un moment favorable ; et, après lui avoir longuement parlé de sa bonne foi et de sa haine pour les Romains, il ajouta ces mots : « Mon père Hamilcar, quand j’étais petit enfant, puisque je n’avais pas plus de neuf ans, partant de Carthage pour l’Espagne en qualité de général, immola des victimes au grand Jupiter. Pendant que le sacrifice se faisait, il me demanda si je voudrais partir avec lui pour l’armée. Comme j’eus reçu cette proposition avec plaisir, et que je me fus mis à le prier de ne pas hésiter à m’emmener : Je le ferai, si tu me donnes la parole que je te demande. Et en même temps il me conduisit à l’autel, où il avait commencé à sacrifier ; et tous les autres assistants étant écartés, il m’ordonna, pendant que j’y posais la main, de jurer que je ne serais jamais en amitié avec les Romains. Ce serment que je fis à mon père, je l’ai gardé jusqu’à ce jour, de telle manière qu’il ne doit être douteux à personne que, durant le reste de ma vie, je ne sois dans la même disposition. Si donc tu médites quelque alliance à l’égard des Romains, tu feras prudemment de me le cacher ; mais quand tu prépareras la guerre contre eux, tu te nuiras à toi-même si tu ne me fais pas chef de l’entreprise. »
III. À l’âge donc que nous avons dit, Hannibal partit pour l’Espagne avec son père ; à la mort d’Hamilcar, Hasdrubal lui ayant été donné pour successeur, Hannibal commanda toute la cavalerie. Le nouveau général ayant aussi été tué, l’armée lui déféra le suprême commandement. Ce choix, connu à Carthage, y fut approuvé par l’autorité publique. Hannibal ainsi fait général, ayant moins de vingt-cinq ans, soumit par les armes, dans le cours des années suivantes, toutes les nations de l’Espagne ; il prit de force Sagonte[2], ville alliée des Romains ; il forma trois armées très puissantes. II en envoya une en Afrique, il en laissa une en Espagne avec son frère Hasdrubal ; il mena la troisième avec lui en Italie. Il passa les défilés des Pyrénées. Partout où il fit route, il se battit avec les habitants du pays ; il ne laissa aucun peuple qu’il ne l’eût vaincu. Après qu’il fut arrivé aux Alpes, qui séparent l’Italie de la Gaule, que jamais personne n’avait traversées avant lui avec une armée, si ce n’est l’Hercule grec (d’où vient qu’aujourd’hui elles sont appelées les Alpes grecques[3]), il tailla en pièces les habitants de ces montagnes, qui entreprenaient d’arrêter sa marche. Il s’ouvrit des passages, se fraya des chemins, et fit en sorte qu’un éléphant chargé pût marcher par des endroits où un homme seul et sans armes pouvait à peine ramper. Ce fut par là qu’il fit passer ses troupes, et qu’il parvint en Italie. Hannibal, fils d’Hamilcar, était Carthaginois. S’il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu’Hannibal n’ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu’Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s’il n’avait pas été affaibli chez lui par l’envie de ses concitoyens, il semble qu’il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d’un grand nombre triompha du mérite d’un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome. il y resta si fidèle qu’il mourut avant d’y renoncer ; au point qu’ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains.
II. En effet, sans parler de Philippe[1], qu’il rendit de loin l’ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d’un si grand désir de faire la guerre, qu’il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu’Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu’il avait eus auparavant, et ne l’ayant pas fait en vain ; Hannibal l’apprit, et s’étant vu écarter des conseils secrets, il aborda le roi dans un moment favorable ; et, après lui avoir longuement parlé de sa bonne foi et de sa haine pour les Romains, il ajouta ces mots : « Mon père Hamilcar, quand j’étais petit enfant, puisque je n’avais pas plus de neuf ans, partant de Carthage pour l’Espagne en qualité de général, immola des victimes au grand Jupiter. Pendant que le sacrifice se faisait, il me demanda si je voudrais partir avec lui pour l’armée. Comme j’eus reçu cette proposition avec plaisir, et que je me fus mis à le prier de ne pas hésiter à m’emmener : Je le ferai, si tu me donnes la parole que je te demande. Et en même temps il me conduisit à l’autel, où il avait commencé à sacrifier ; et tous les autres assistants étant écartés, il m’ordonna, pendant que j’y posais la main, de jurer que je ne serais jamais en amitié avec les Romains. Ce serment que je fis à mon père, je l’ai gardé jusqu’à ce jour, de telle manière qu’il ne doit être douteux à personne que, durant le reste de ma vie, je ne sois dans la même disposition. Si donc tu médites quelque alliance à l’égard des Romains, tu feras prudemment de me le cacher ; mais quand tu prépareras la guerre contre eux, tu te nuiras à toi-même si tu ne me fais pas chef de l’entreprise. »
III. À l’âge donc que nous avons dit, Hannibal partit pour l’Espagne avec son père ; à la mort d’Hamilcar, Hasdrubal lui ayant été donné pour successeur, Hannibal commanda toute la cavalerie. Le nouveau général ayant aussi été tué, l’armée lui déféra le suprême commandement. Ce choix, connu à Carthage, y fut approuvé par l’autorité publique. Hannibal ainsi fait général, ayant moins de vingt-cinq ans, soumit par les armes, dans le cours des années suivantes, toutes les nations de l’Espagne ; il prit de force Sagonte[2], ville alliée des Romains ; il forma trois armées très puissantes. II en envoya une en Afrique, il en laissa une en Espagne avec son frère Hasdrubal ; il mena la troisième avec lui en Italie. Il passa les défilés des Pyrénées. Partout où il fit route, il se battit avec les habitants du pays ; il ne laissa aucun peuple qu’il ne l’eût vaincu. Après qu’il fut arrivé aux Alpes, qui séparent l’Italie de la Gaule, que jamais personne n’avait traversées avant lui avec une armée, si ce n’est l’Hercule grec (d’où vient qu’aujourd’hui elles sont appelées les Alpes grecques[3]), il tailla en pièces les habitants de ces montagnes, qui entreprenaient d’arrêter sa marche. Il s’ouvrit des passages, se fraya des chemins, et fit en sorte qu’un éléphant chargé pût marcher par des endroits où un homme seul et sans armes pouvait à peine ramper. Ce fut par là qu’il fit passer ses troupes, et qu’il parvint en Italie. Hannibal, fils d’Hamilcar, était Carthaginois. S’il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu’Hannibal n’ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu’Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s’il n’avait pas été affaibli chez lui par l’envie de ses concitoyens, il semble qu’il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d’un grand nombre triompha du mérite d’un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome. il y resta si fidèle qu’il mourut avant d’y renoncer ; au point qu’ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains.
II. En effet, sans parler de Philippe[1], qu’il rendit de loin l’ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d’un si grand désir de faire la guerre, qu’il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu’Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu’il avait eus auparavant, et ne l’ayant pas fait en vain ; Hannibal l’apprit, et s’étant vu écarter des conseils secrets, il aborda le roi dans un moment favorable ; et, après lui avoir longuement parlé de sa bonne foi et de sa haine pour les Romains, il ajouta ces mots : « Mon père Hamilcar, quand j’étais petit enfant, puisque je n’avais pas plus de neuf ans, partant de Carthage pour l’Espagne en qualité de général, immola des victimes au grand Jupiter. Pendant que le sacrifice se faisait, il me demanda si je voudrais partir avec lui pour l’armée. Comme j’eus reçu cette proposition avec plaisir, et que je me fus mis à le prier de ne pas hésiter à m’emmener : Je le ferai, si tu me donnes la parole que je te demande. Et en même temps il me conduisit à l’autel, où il avait commencé à sacrifier ; et tous les autres assistants étant écartés, il m’ordonna, pendant que j’y posais la main, de jurer que je ne serais jamais en amitié avec les Romains. Ce serment que je fis à mon père, je l’ai gardé jusqu’à ce jour, de telle manière qu’il ne doit être douteux à personne que, durant le reste de ma vie, je ne sois dans la même disposition. Si donc tu médites quelque alliance à l’égard des Romains, tu feras prudemment de me le cacher ; mais quand tu prépareras la guerre contre eux, tu te nuiras à toi-même si tu ne me fais pas chef de l’entreprise. »
III. À l’âge donc que nous avons dit, Hannibal partit pour l’Espagne avec son père ; à la mort d’Hamilcar, Hasdrubal lui ayant été donné pour successeur, Hannibal commanda toute la cavalerie. Le nouveau général ayant aussi été tué, l’armée lui déféra le suprême commandement. Ce choix, connu à Carthage, y fut approuvé par l’autorité publique. Hannibal ainsi fait général, ayant moins de vingt-cinq ans, soumit par les armes, dans le cours des années suivantes, toutes les nations de l’Espagne ; il prit de force Sagonte[2], ville alliée des Romains ; il forma trois armées très puissantes. II en envoya une en Afrique, il en laissa une en Espagne avec son frère Hasdrubal ; il mena la troisième avec lui en Italie. Il passa les défilés des Pyrénées. Partout où il fit route, il se battit avec les habitants du pays ; il ne laissa aucun peuple qu’il ne l’eût vaincu. Après qu’il fut arrivé aux Alpes, qui séparent l’Italie de la Gaule, que jamais personne n’avait traversées avant lui avec une armée, si ce n’est l’Hercule grec (d’où vient qu’aujourd’hui elles sont appelées les Alpes grecques[3]), il tailla en pièces les habitants de ces montagnes, qui entreprenaient d’arrêter sa marche. Il s’ouvrit des passages, se fraya des chemins, et fit en sorte qu’un éléphant chargé pût marcher par des endroits où un homme seul et sans armes pouvait à peine ramper. Ce fut par là qu’il fit passer ses troupes, et qu’il parvint en Italie. Hannibal, fils d’Hamilcar, était Carthaginois. S’il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu’Hannibal n’ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu’Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s’il n’avait pas été affaibli chez lui par l’envie de ses concitoyens, il semble qu’il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d’un grand nombre triompha du mérite d’un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome. il y resta si fidèle qu’il mourut avant d’y renoncer ; au point qu’ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains.
II. En effet, sans parler de Philippe[1], qu’il rendit de loin l’ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d’un si grand désir de faire la guerre, qu’il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu’Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu’il avait eus auparavant, et ne l’ayant pas fait en vain ; Hannibal l’apprit, et s’étant vu écarter des conseils secrets, il aborda le roi dans un moment favorable ; et, après lui avoir longuement parlé de sa bonne foi et de sa haine pour les Romains, il ajouta ces mots : « Mon père Hamilcar, quand j’étais petit enfant, puisque je n’avais pas plus de neuf ans, partant de Carthage pour l’Espagne en qualité de général, immola des victimes au grand Jupiter. Pendant que le sacrifice se faisait, il me demanda si je voudrais partir avec lui pour l’armée. Comme j’eus reçu cette proposition avec plaisir, et que je me fus mis à le prier de ne pas hésiter à m’emmener : Je le ferai, si tu me donnes la parole que je te demande. Et en même temps il me conduisit à l’autel, où il avait commencé à sacrifier ; et tous les autres assistants étant écartés, il m’ordonna, pendant que j’y posais la main, de jurer que je ne serais jamais en amitié avec les Romains. Ce serment que je fis à mon père, je l’ai gardé jusqu’à ce jour, de telle manière qu’il ne doit être douteux à personne que, durant le reste de ma vie, je ne sois dans la même disposition. Si donc tu médites quelque alliance à l’égard des Romains, tu feras prudemment de me le cacher ; mais quand tu prépareras la guerre contre eux, tu te nuiras à toi-même si tu ne me fais pas chef de l’entreprise. »
III. À l’âge donc que nous avons dit, Hannibal partit pour l’Espagne avec son père ; à la mort d’Hamilcar, Hasdrubal lui ayant été donné pour successeur, Hannibal commanda toute la cavalerie. Le nouveau général ayant aussi été tué, l’armée lui déféra le suprême commandement. Ce choix, connu à Carthage, y fut approuvé par l’autorité publique. Hannibal ainsi fait général, ayant moins de vingt-cinq ans, soumit par les armes, dans le cours des années suivantes, toutes les nations de l’Espagne ; il prit de force Sagonte[2], ville alliée des Romains ; il forma trois armées très puissantes. II en envoya une en Afrique, il en laissa une en Espagne avec son frère Hasdrubal ; il mena la troisième avec lui en Italie. Il passa les défilés des Pyrénées. Partout où il fit route, il se battit avec les habitants du pays ; il ne laissa aucun peuple qu’il ne l’eût vaincu. Après qu’il fut arrivé aux Alpes, qui séparent l’Italie de la Gaule, que jamais personne n’avait traversées avant lui avec une armée, si ce n’est l’Hercule grec (d’où vient qu’aujourd’hui elles sont appelées les Alpes grecques[3]), il tailla en pièces les habitants de ces montagnes, qui entreprenaient d’arrêter sa marche. Il s’ouvrit des passages, se fraya des chemins, et fit en sorte qu’un éléphant chargé pût marcher par des endroits où un homme seul et sans armes pouvait à peine ramper. Ce fut par là qu’il fit passer ses troupes, et qu’il parvint en Italie. Hannibal, fils d’Hamilcar, était Carthaginois. S’il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu’Hannibal n’ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu’Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s’il n’avait pas été affaibli chez lui par l’envie de ses concitoyens, il semble qu’il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d’un grand nombre triompha du mérite d’un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome. il y resta si fidèle qu’il mourut avant d’y renoncer ; au point qu’ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains.
II. En effet, sans parler de Philippe[1], qu’il rendit de loin l’ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d’un si grand désir de faire la guerre, qu’il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu’Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu’il avait eus auparavant, et ne l’ayant pas fait en vain ; Hannibal l’apprit, et s’étant vu écarter des conseils secrets, il aborda le roi dans un moment favorable ; et, après lui avoir longuement parlé de sa bonne foi et de sa haine pour les Romains, il ajouta ces mots : « Mon père Hamilcar, quand j’étais petit enfant, puisque je n’avais pas plus de neuf ans, partant de Carthage pour l’Espagne en qualité de général, immola des victimes au grand Jupiter. Pendant que le sacrifice se faisait, il me demanda si je voudrais partir avec lui pour l’armée. Comme j’eus reçu cette proposition avec plaisir, et que je me fus mis à le prier de ne pas hésiter à m’emmener : Je le ferai, si tu me donnes la parole que je te demande. Et en même temps il me conduisit à l’autel, où il avait commencé à sacrifier ; et tous les autres assistants étant écartés, il m’ordonna, pendant que j’y posais la main, de jurer que je ne serais jamais en amitié avec les Romains. Ce serment que je fis à mon père, je l’ai gardé jusqu’à ce jour, de telle manière qu’il ne doit être douteux à personne que, durant le reste de ma vie, je ne sois dans la même disposition. Si donc tu médites quelque alliance à l’égard des Romains, tu feras prudemment de me le cacher ; mais quand tu prépareras la guerre contre eux, tu te nuiras à toi-même si tu ne me fais pas chef de l’entreprise. »
III. À l’âge donc que nous avons dit, Hannibal partit pour l’Espagne avec son père ; à la mort d’Hamilcar, Hasdrubal lui ayant été donné pour successeur, Hannibal commanda toute la cavalerie. Le nouveau général ayant aussi été tué, l’armée lui déféra le suprême commandement. Ce choix, connu à Carthage, y fut approuvé par l’autorité publique. Hannibal ainsi fait général, ayant moins de vingt-cinq ans, soumit par les armes, dans le cours des années suivantes, toutes les nations de l’Espagne ; il prit de force Sagonte[2], ville alliée des Romains ; il forma trois armées très puissantes. II en envoya une en Afrique, il en laissa une en Espagne avec son frère Hasdrubal ; il mena la troisième avec lui en Italie. Il passa les défilés des Pyrénées. Partout où il fit route, il se battit avec les habitants du pays ; il ne laissa aucun peuple qu’il ne l’eût vaincu. Après qu’il fut arrivé aux Alpes, qui séparent l’Italie de la Gaule, que jamais personne n’avait traversées avant lui avec une armée, si ce n’est l’Hercule grec (d’où vient qu’aujourd’hui elles sont appelées les Alpes grecques[3]), il tailla en pièces les habitants de ces montagnes, qui entreprenaient d’arrêter sa marche. Il s’ouvrit des passages, se fraya des chemins, et fit en sorte qu’un éléphant chargé pût marcher par des endroits où un homme seul et sans armes pouvait à peine ramper. Ce fut par là qu’il fit passer ses troupes, et qu’il parvint en Italie. Hannibal, fils d’Hamilcar, était Carthaginois. S’il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu’Hannibal n’ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu’Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s’il n’avait pas été affaibli chez lui par l’envie de ses concitoyens, il semble qu’il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d’un grand nombre triompha du mérite d’un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome. il y resta si fidèle qu’il mourut avant d’y renoncer ; au point qu’ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains.
II. En effet, sans parler de Philippe[1], qu’il rendit de loin l’ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d’un si grand désir de faire la guerre, qu’il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu’Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu’il avait eus auparavant, et ne l’ayant pas fait en vain ; Hannibal l’apprit, et s’étant vu écarter des conseils secrets, il aborda le roi dans un moment favorable ; et, après lui avoir longuement parlé de sa bonne foi et de sa haine pour les Romains, il ajouta ces mots : « Mon père Hamilcar, quand j’étais petit enfant, puisque je n’avais pas plus de neuf ans, partant de Carthage pour l’Espagne en qualité de général, immola des victimes au grand Jupiter. Pendant que le sacrifice se faisait, il me demanda si je voudrais partir avec lui pour l’armée. Comme j’eus reçu cette proposition avec plaisir, et que je me fus mis à le prier de ne pas hésiter à m’emmener : Je le ferai, si tu me donnes la parole que je te demande. Et en même temps il me conduisit à l’autel, où il avait commencé à sacrifier ; et tous les autres assistants étant écartés, il m’ordonna, pendant que j’y posais la main, de jurer que je ne serais jamais en amitié avec les Romains. Ce serment que je fis à mon père, je l’ai gardé jusqu’à ce jour, de telle manière qu’il ne doit être douteux à personne que, durant le reste de ma vie, je ne sois dans la même disposition. Si donc tu médites quelque alliance à l’égard des Romains, tu feras prudemment de me le cacher ; mais quand tu prépareras la guerre contre eux, tu te nuiras à toi-même si tu ne me fais pas chef de l’entreprise. »
III. À l’âge donc que nous avons dit, Hannibal partit pour l’Espagne avec son père ; à la mort d’Hamilcar, Hasdrubal lui ayant été donné pour successeur, Hannibal commanda toute la cavalerie. Le nouveau général ayant aussi été tué, l’armée lui déféra le suprême commandement. Ce choix, connu à Carthage, y fut approuvé par l’autorité publique. Hannibal ainsi fait général, ayant moins de vingt-cinq ans, soumit par les armes, dans le cours des années suivantes, toutes les nations de l’Espagne ; il prit de force Sagonte[2], ville alliée des Romains ; il forma trois armées très puissantes. II en envoya une en Afrique, il en laissa une en Espagne avec son frère Hasdrubal ; il mena la troisième avec lui en Italie. Il passa les défilés des Pyrénées. Partout où il fit route, il se battit avec les habitants du pays ; il ne laissa aucun peuple qu’il ne l’eût vaincu. Après qu’il fut arrivé aux Alpes, qui séparent l’Italie de la Gaule, que jamais personne n’avait traversées avant lui avec une armée, si ce n’est l’Hercule grec (d’où vient qu’aujourd’hui elles sont appelées les Alpes grecques[3]), il tailla en pièces les habitants de ces montagnes, qui entreprenaient d’arrêter sa marche. Il s’ouvrit des passages, se fraya des chemins, et fit en sorte qu’un éléphant chargé pût marcher par des endroits où un homme seul et sans armes pouvait à peine ramper. Ce fut par là qu’il fit passer ses troupes, et qu’il parvint en Italie. Hannibal, fils d’Hamilcar, était Carthaginois. S’il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu’Hannibal n’ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu’Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s’il n’avait pas été affaibli chez lui par l’envie de ses concitoyens, il semble qu’il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d’un grand nombre triompha du mérite d’un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome. il y resta si fidèle qu’il mourut avant d’y renoncer ; au point qu’ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains.
II. En effet, sans parler de Philippe[1], qu’il rendit de loin l’ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d’un si grand désir de faire la guerre, qu’il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu’Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu’il avait eus auparavant, et ne l’ayant pas fait en vain ; Hannibal l’apprit, et s’étant vu écarter des conseils secrets, il aborda le roi dans un moment favorable ; et, après lui avoir longuement parlé de sa bonne foi et de sa haine pour les Romains, il ajouta ces mots : « Mon père Hamilcar, quand j’étais petit enfant, puisque je n’avais pas plus de neuf ans, partant de Carthage pour l’Espagne en qualité de général, immola des victimes au grand Jupiter. Pendant que le sacrifice se faisait, il me demanda si je voudrais partir avec lui pour l’armée. Comme j’eus reçu cette proposition avec plaisir, et que je me fus mis à le prier de ne pas hésiter à m’emmener : Je le ferai, si tu me donnes la parole que je te demande. Et en même temps il me conduisit à l’autel, où il avait commencé à sacrifier ; et tous les autres assistants étant écartés, il m’ordonna, pendant que j’y posais la main, de jurer que je ne serais jamais en amitié avec les Romains. Ce serment que je fis à mon père, je l’ai gardé jusqu’à ce jour, de telle manière qu’il ne doit être douteux à personne que, durant le reste de ma vie, je ne sois dans la même disposition. Si donc tu médites quelque alliance à l’égard des Romains, tu feras prudemment de me le cacher ; mais quand tu prépareras la guerre contre eux, tu te nuiras à toi-même si tu ne me fais pas chef de l’entreprise. »
III. À l’âge donc que nous avons dit, Hannibal partit pour l’Espagne avec son père ; à la mort d’Hamilcar, Hasdrubal lui ayant été donné pour successeur, Hannibal commanda toute la cavalerie. Le nouveau général ayant aussi été tué, l’armée lui déféra le suprême commandement. Ce choix, connu à Carthage, y fut approuvé par l’autorité publique. Hannibal ainsi fait général, ayant moins de vingt-cinq ans, soumit par les armes, dans le cours des années suivantes, toutes les nations de l’Espagne ; il prit de force Sagonte[2], ville alliée des Romains ; il forma trois armées très puissantes. II en envoya une en Afrique, il en laissa une en Espagne avec son frère Hasdrubal ; il mena la troisième avec lui en Italie. Il passa les défilés des Pyrénées. Partout où il fit route, il se battit avec les habitants du pays ; il ne laissa aucun peuple qu’il ne l’eût vaincu. Après qu’il fut arrivé aux Alpes, qui séparent l’Italie de la Gaule, que jamais personne n’avait traversées avant lui avec une armée, si ce n’est l’Hercule grec (d’où vient qu’aujourd’hui elles sont appelées les Alpes grecques[3]), il tailla en pièces les habitants de ces montagnes, qui entreprenaient d’arrêter sa marche. Il s’ouvrit des passages, se fraya des chemins, et fit en sorte qu’un éléphant chargé pût marcher par des endroits où un homme seul et sans armes pouvait à peine ramper. Ce fut par là qu’il fit passer ses troupes, et qu’il parvint en Italie. Hannibal, fils d’Hamilcar, était Carthaginois. S’il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu’Hannibal n’ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu’Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s’il n’avait pas été affaibli chez lui par l’envie de ses concitoyens, il semble qu’il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d’un grand nombre triompha du mérite d’un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome. il y resta si fidèle qu’il mourut avant d’y renoncer ; au point qu’ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains.
II. En effet, sans parler de Philippe[1], qu’il rendit de loin l’ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d’un si grand désir de faire la guerre, qu’il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu’Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu’il avait eus auparavant, et ne l’ayant pas fait en vain ; Hannibal l’apprit, et s’étant vu écarter des c
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Jeudi 15 mars 2007 4 15 /03 /Mars /2007 14:53

 Hannibal, fils d’Hamilcar, était Carthaginois. S’il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu’Hannibal n’ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu’Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s’il n’avait pas été affaibli chez lui par l’envie de ses concitoyens, il semble qu’il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d’un grand nombre triompha du mérite d’un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome. il y resta si fidèle qu’il mourut avant d’y renoncer ; au point qu’ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains.

II. En effet, sans parler de Philippe[1], qu’il rendit de loin l’ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d’un si grand désir de faire la guerre, qu’il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu’Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu’il avait eus auparavant, et ne l’ayant pas fait en vain ; Hannibal l’apprit, et s’étant vu écarter des conseils secrets, il aborda le roi dans un moment favorable ; et, après lui avoir longuement parlé de sa bonne foi et de sa haine pour les Romains, il ajouta ces mots : « Mon père Hamilcar, quand j’étais petit enfant, puisque je n’avais pas plus de neuf ans, partant de Carthage pour l’Espagne en qualité de général, immola des victimes au grand Jupiter. Pendant que le sacrifice se faisait, il me demanda si je voudrais partir avec lui pour l’armée. Comme j’eus reçu cette proposition avec plaisir, et que je me fus mis à le prier de ne pas hésiter à m’emmener : Je le ferai, si tu me donnes la parole que je te demande. Et en même temps il me conduisit à l’autel, où il avait commencé à sacrifier ; et tous les autres assistants étant écartés, il m’ordonna, pendant que j’y posais la main, de jurer que je ne serais jamais en amitié avec les Romains. Ce serment que je fis à mon père, je l’ai gardé jusqu’à ce jour, de telle manière qu’il ne doit être douteux à personne que, durant le reste de ma vie, je ne sois dans la même disposition. Si donc tu médites quelque alliance à l’égard des Romains, tu feras prudemment de me le cacher ; mais quand tu prépareras la guerre contre eux, tu te nuiras à toi-même si tu ne me fais pas chef de l’entreprise. »
III. À l’âge donc que nous avons dit, Hannibal partit pour l’Espagne avec son père ; à la mort d’Hamilcar, Hasdrubal lui ayant été donné pour successeur, Hannibal commanda toute la cavalerie. Le nouveau général ayant aussi été tué, l’armée lui déféra le suprême commandement. Ce choix, connu à Carthage, y fut approuvé par l’autorité publique. Hannibal ainsi fait général, ayant moins de vingt-cinq ans, soumit par les armes, dans le cours des années suivantes, toutes les nations de l’Espagne ; il prit de force Sagonte[2], ville alliée des Romains ; il forma trois armées très puissantes. II en envoya une en Afrique, il en laissa une en Espagne avec son frère Hasdrubal ; il mena la troisième avec lui en Italie. Il passa les défilés des Pyrénées. Partout où il fit route, il se battit avec les habitants du pays ; il ne laissa aucun peuple qu’il ne l’eût vaincu. Après qu’il fut arrivé aux Alpes, qui séparent l’Italie de la Gaule, que jamais personne n’avait traversées avant lui avec une armée, si ce n’est l’Hercule grec (d’où vient qu’aujourd’hui elles sont appelées les Alpes grecques[3]), il tailla en pièces les habitants de ces montagnes, qui entreprenaient d’arrêter sa marche. Il s’ouvrit des passages, se fraya des chemins, et fit en sorte qu’un éléphant chargé pût marcher par des endroits où un homme seul et sans armes pouvait à peine ramper. Ce fut par là qu’il fit passer ses troupes, et qu’il parvint en Italie. Hannibal, fils d’Hamilcar, était Carthaginois. S’il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu’Hannibal n’ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu’Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s’il n’avait pas été affaibli chez lui par l’envie de ses concitoyens, il semble qu’il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d’un grand nombre triompha du mérite d’un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome. il y resta si fidèle qu’il mourut avant d’y renoncer ; au point qu’ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains.
II. En effet, sans parler de Philippe[1], qu’il rendit de loin l’ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d’un si grand désir de faire la guerre, qu’il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu’Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu’il avait eus auparavant, et ne l’ayant pas fait en vain ; Hannibal l’apprit, et s’étant vu écarter des conseils secrets, il aborda le roi dans un moment favorable ; et, après lui avoir longuement parlé de sa bonne foi et de sa haine pour les Romains, il ajouta ces mots : « Mon père Hamilcar, quand j’étais petit enfant, puisque je n’avais pas plus de neuf ans, partant de Carthage pour l’Espagne en qualité de général, immola des victimes au grand Jupiter. Pendant que le sacrifice se faisait, il me demanda si je voudrais partir avec lui pour l’armée. Comme j’eus reçu cette proposition avec plaisir, et que je me fus mis à le prier de ne pas hésiter à m’emmener : Je le ferai, si tu me donnes la parole que je te demande. Et en même temps il me conduisit à l’autel, où il avait commencé à sacrifier ; et tous les autres assistants étant écartés, il m’ordonna, pendant que j’y posais la main, de jurer que je ne serais jamais en amitié avec les Romains. Ce serment que je fis à mon père, je l’ai gardé jusqu’à ce jour, de telle manière qu’il ne doit être douteux à personne que, durant le reste de ma vie, je ne sois dans la même disposition. Si donc tu médites quelque alliance à l’égard des Romains, tu feras prudemment de me le cacher ; mais quand tu prépareras la guerre contre eux, tu te nuiras à toi-même si tu ne me fais pas chef de l’entreprise. »
III. À l’âge donc que nous avons dit, Hannibal partit pour l’Espagne avec son père ; à la mort d’Hamilcar, Hasdrubal lui ayant été donné pour successeur, Hannibal commanda toute la cavalerie. Le nouveau général ayant aussi été tué, l’armée lui déféra le suprême commandement. Ce choix, connu à Carthage, y fut approuvé par l’autorité publique. Hannibal ainsi fait général, ayant moins de vingt-cinq ans, soumit par les armes, dans le cours des années suivantes, toutes les nations de l’Espagne ; il prit de force Sagonte[2], ville alliée des Romains ; il forma trois armées très puissantes. II en envoya une en Afrique, il en laissa une en Espagne avec son frère Hasdrubal ; il mena la troisième avec lui en Italie. Il passa les défilés des Pyrénées. Partout où il fit route, il se battit avec les habitants du pays ; il ne laissa aucun peuple qu’il ne l’eût vaincu. Après qu’il fut arrivé aux Alpes, qui séparent l’Italie de la Gaule, que jamais personne n’avait traversées avant lui avec une armée, si ce n’est l’Hercule grec (d’où vient qu’aujourd’hui elles sont appelées les Alpes grecques[3]), il tailla en pièces les habitants de ces montagnes, qui entreprenaient d’arrêter sa marche. Il s’ouvrit des passages, se fraya des chemins, et fit en sorte qu’un éléphant chargé pût marcher par des endroits où un homme seul et sans armes pouvait à peine ramper. Ce fut par là qu’il fit passer ses troupes, et qu’il parvint en Italie. Hannibal, fils d’Hamilcar, était Carthaginois. S’il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu’Hannibal n’ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu’Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s’il n’avait pas été affaibli chez lui par l’envie de ses concitoyens, il semble qu’il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d’un grand nombre triompha du mérite d’un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome. il y resta si fidèle qu’il mourut avant d’y renoncer ; au point qu’ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains.
II. En effet, sans parler de Philippe[1], qu’il rendit de loin l’ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d’un si grand désir de faire la guerre, qu’il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu’Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu’il avait eus auparavant, et ne l’ayant pas fait en vain ; Hannibal l’apprit, et s’étant vu écarter des conseils secrets, il aborda le roi dans un moment favorable ; et, après lui avoir longuement parlé de sa bonne foi et de sa haine pour les Romains, il ajouta ces mots : « Mon père Hamilcar, quand j’étais petit enfant, puisque je n’avais pas plus de neuf ans, partant de Carthage pour l’Espagne en qualité de général, immola des victimes au grand Jupiter. Pendant que le sacrifice se faisait, il me demanda si je voudrais partir avec lui pour l’armée. Comme j’eus reçu cette proposition avec plaisir, et que je me fus mis à le prier de ne pas hésiter à m’emmener : Je le ferai, si tu me donnes la parole que je te demande. Et en même temps il me conduisit à l’autel, où il avait commencé à sacrifier ; et tous les autres assistants étant écartés, il m’ordonna, pendant que j’y posais la main, de jurer que je ne serais jamais en amitié avec les Romains. Ce serment que je fis à mon père, je l’ai gardé jusqu’à ce jour, de telle manière qu’il ne doit être douteux à personne que, durant le reste de ma vie, je ne sois dans la même disposition. Si donc tu médites quelque alliance à l’égard des Romains, tu feras prudemment de me le cacher ; mais quand tu prépareras la guerre contre eux, tu te nuiras à toi-même si tu ne me fais pas chef de l’entreprise. »
III. À l’âge donc que nous avons dit, Hannibal partit pour l’Espagne avec son père ; à la mort d’Hamilcar, Hasdrubal lui ayant été donné pour successeur, Hannibal commanda toute la cavalerie. Le nouveau général ayant aussi été tué, l’armée lui déféra le suprême commandement. Ce choix, connu à Carthage, y fut approuvé par l’autorité publique. Hannibal ainsi fait général, ayant moins de vingt-cinq ans, soumit par les armes, dans le cours des années suivantes, toutes les nations de l’Espagne ; il prit de force Sagonte[2], ville alliée des Romains ; il forma trois armées très puissantes. II en envoya une en Afrique, il en laissa une en Espagne avec son frère Hasdrubal ; il mena la troisième avec lui en Italie. Il passa les défilés des Pyrénées. Partout où il fit route, il se battit avec les habitants du pays ; il ne laissa aucun peuple qu’il ne l’eût vaincu. Après qu’il fut arrivé aux Alpes, qui séparent l’Italie de la Gaule, que jamais personne n’avait traversées avant lui avec une armée, si ce n’est l’Hercule grec (d’où vient qu’aujourd’hui elles sont appelées les Alpes grecques[3]), il tailla en pièces les habitants de ces montagnes, qui entreprenaient d’arrêter sa marche. Il s’ouvrit des passages, se fraya des chemins, et fit en sorte qu’un éléphant chargé pût marcher par des endroits où un homme seul et sans armes pouvait à peine ramper. Ce fut par là qu’il fit passer ses troupes, et qu’il parvint en Italie. Hannibal, fils d’Hamilcar, était Carthaginois. S’il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu’Hannibal n’ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu’Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s’il n’avait pas été affaibli chez lui par l’envie de ses concitoyens, il semble qu’il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d’un grand nombre triompha du mérite d’un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome. il y resta si fidèle qu’il mourut avant d’y renoncer ; au point qu’ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains.
II. En effet, sans parler de Philippe[1], qu’il rendit de loin l’ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d’un si grand désir de faire la guerre, qu’il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu’Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu’il avait eus auparavant, et ne l’ayant pas fait en vain ; Hannibal l’apprit, et s’étant vu écarter des conseils secrets, il aborda le roi dans un moment favorable ; et, après lui avoir longuement parlé de sa bonne foi et de sa haine pour les Romains, il ajouta ces mots : « Mon père Hamilcar, quand j’étais petit enfant, puisque je n’avais pas plus de neuf ans, partant de Carthage pour l’Espagne en qualité de général, immola des victimes au grand Jupiter. Pendant que le sacrifice se faisait, il me demanda si je voudrais partir avec lui pour l’armée. Comme j’eus reçu cette proposition avec plaisir, et que je me fus mis à le prier de ne pas hésiter à m’emmener : Je le ferai, si tu me donnes la parole que je te demande. Et en même temps il me conduisit à l’autel, où il avait commencé à sacrifier ; et tous les autres assistants étant écartés, il m’ordonna, pendant que j’y posais la main, de jurer que je ne serais jamais en amitié avec les Romains. Ce serment que je fis à mon père, je l’ai gardé jusqu’à ce jour, de telle manière qu’il ne doit être douteux à personne que, durant le reste de ma vie, je ne sois dans la même disposition. Si donc tu médites quelque alliance à l’égard des Romains, tu feras prudemment de me le cacher ; mais quand tu prépareras la guerre contre eux, tu te nuiras à toi-même si tu ne me fais pas chef de l’entreprise. »
III. À l’âge donc que nous avons dit, Hannibal partit pour l’Espagne avec son père ; à la mort d’Hamilcar, Hasdrubal lui ayant été donné pour successeur, Hannibal commanda toute la cavalerie. Le nouveau général ayant aussi été tué, l’armée lui déféra le suprême commandement. Ce choix, connu à Carthage, y fut approuvé par l’autorité publique. Hannibal ainsi fait général, ayant moins de vingt-cinq ans, soumit par les armes, dans le cours des années suivantes, toutes les nations de l’Espagne ; il prit de force Sagonte[2], ville alliée des Romains ; il forma trois armées très puissantes. II en envoya une en Afrique, il en laissa une en Espagne avec son frère Hasdrubal ; il mena la troisième avec lui en Italie. Il passa les défilés des Pyrénées. Partout où il fit route, il se battit avec les habitants du pays ; il ne laissa aucun peuple qu’il ne l’eût vaincu. Après qu’il fut arrivé aux Alpes, qui séparent l’Italie de la Gaule, que jamais personne n’avait traversées avant lui avec une armée, si ce n’est l’Hercule grec (d’où vient qu’aujourd’hui elles sont appelées les Alpes grecques[3]), il tailla en pièces les habitants de ces montagnes, qui entreprenaient d’arrêter sa marche. Il s’ouvrit des passages, se fraya des chemins, et fit en sorte qu’un éléphant chargé pût marcher par des endroits où un homme seul et sans armes pouvait à peine ramper. Ce fut par là qu’il fit passer ses troupes, et qu’il parvint en Italie. Hannibal, fils d’Hamilcar, était Carthaginois. S’il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu’Hannibal n’ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu’Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s’il n’avait pas été affaibli chez lui par l’envie de ses concitoyens, il semble qu’il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d’un grand nombre triompha du mérite d’un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome. il y resta si fidèle qu’il mourut avant d’y renoncer ; au point qu’ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains.
II. En effet, sans parler de Philippe[1], qu’il rendit de loin l’ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d’un si grand désir de faire la guerre, qu’il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu’Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu’il avait eus auparavant, et ne l’ayant pas fait en vain ; Hannibal l’apprit, et s’étant vu écarter des conseils secrets, il aborda le roi dans un moment favorable ; et, après lui avoir longuement parlé de sa bonne foi et de sa haine pour les Romains, il ajouta ces mots : « Mon père Hamilcar, quand j’étais petit enfant, puisque je n’avais pas plus de neuf ans, partant de Carthage pour l’Espagne en qualité de général, immola des victimes au grand Jupiter. Pendant que le sacrifice se faisait, il me demanda si je voudrais partir avec lui pour l’armée. Comme j’eus reçu cette proposition avec plaisir, et que je me fus mis à le prier de ne pas hésiter à m’emmener : Je le ferai, si tu me donnes la parole que je te demande. Et en même temps il me conduisit à l’autel, où il avait commencé à sacrifier ; et tous les autres assistants étant écartés, il m’ordonna, pendant que j’y posais la main, de jurer que je ne serais jamais en amitié avec les Romains. Ce serment que je fis à mon père, je l’ai gardé jusqu’à ce jour, de telle manière qu’il ne doit être douteux à personne que, durant le reste de ma vie, je ne sois dans la même disposition. Si donc tu médites quelque alliance à l’égard des Romains, tu feras prudemment de me le cacher ; mais quand tu prépareras la guerre contre eux, tu te nuiras à toi-même si tu ne me fais pas chef de l’entreprise. »
III. À l’âge donc que nous avons dit, Hannibal partit pour l’Espagne avec son père ; à la mort d’Hamilcar, Hasdrubal lui ayant été donné pour successeur, Hannibal commanda toute la cavalerie. Le nouveau général ayant aussi été tué, l’armée lui déféra le suprême commandement. Ce choix, connu à Carthage, y fut approuvé par l’autorité publique. Hannibal ainsi fait général, ayant moins de vingt-cinq ans, soumit par les armes, dans le cours des années suivantes, toutes les nations de l’Espagne ; il prit de force Sagonte[2], ville alliée des Romains ; il forma trois armées très puissantes. II en envoya une en Afrique, il en laissa une en Espagne avec son frère Hasdrubal ; il mena la troisième avec lui en Italie. Il passa les défilés des Pyrénées. Partout où il fit route, il se battit avec les habitants du pays ; il ne laissa aucun peuple qu’il ne l’eût vaincu. Après qu’il fut arrivé aux Alpes, qui séparent l’Italie de la Gaule, que jamais personne n’avait traversées avant lui avec une armée, si ce n’est l’Hercule grec (d’où vient qu’aujourd’hui elles sont appelées les Alpes grecques[3]), il tailla en pièces les habitants de ces montagnes, qui entreprenaient d’arrêter sa marche. Il s’ouvrit des passages, se fraya des chemins, et fit en sorte qu’un éléphant chargé pût marcher par des endroits où un homme seul et sans armes pouvait à peine ramper. Ce fut par là qu’il fit passer ses troupes, et qu’il parvint en Italie. Hannibal, fils d’Hamilcar, était Carthaginois. S’il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu’Hannibal n’ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu’Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s’il n’avait pas été affaibli chez lui par l’envie de ses concitoyens, il semble qu’il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d’un grand nombre triompha du mérite d’un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome. il y resta si fidèle qu’il mourut avant d’y renoncer ; au point qu’ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains.
II. En effet, sans parler de Philippe[1], qu’il rendit de loin l’ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d’un si grand désir de faire la guerre, qu’il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu’Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu’il avait eus auparavant, et ne l’ayant pas fait en vain ; Hannibal l’apprit, et s’étant vu écarter des conseils secrets, il aborda le roi dans un moment favorable ; et, après lui avoir longuement parlé de sa bonne foi et de sa haine pour les Romains, il ajouta ces mots : « Mon père Hamilcar, quand j’étais petit enfant, puisque je n’avais pas plus de neuf ans, partant de Carthage pour l’Espagne en qualité de général, immola des victimes au grand Jupiter. Pendant que le sacrifice se faisait, il me demanda si je voudrais partir avec lui pour l’armée. Comme j’eus reçu cette proposition avec plaisir, et que je me fus mis à le prier de ne pas hésiter à m’emmener : Je le ferai, si tu me donnes la parole que je te demande. Et en même temps il me conduisit à l’autel, où il avait commencé à sacrifier ; et tous les autres assistants étant écartés, il m’ordonna, pendant que j’y posais la main, de jurer que je ne serais jamais en amitié avec les Romains. Ce serment que je fis à mon père, je l’ai gardé jusqu’à ce jour, de telle manière qu’il ne doit être douteux à personne que, durant le reste de ma vie, je ne sois dans la même disposition. Si donc tu médites quelque alliance à l’égard des Romains, tu feras prudemment de me le cacher ; mais quand tu prépareras la guerre contre eux, tu te nuiras à toi-même si tu ne me fais pas chef de l’entreprise. »
III. À l’âge donc que nous avons dit, Hannibal partit pour l’Espagne avec son père ; à la mort d’Hamilcar, Hasdrubal lui ayant été donné pour successeur, Hannibal commanda toute la cavalerie. Le nouveau général ayant aussi été tué, l’armée lui déféra le suprême commandement. Ce choix, connu à Carthage, y fut approuvé par l’autorité publique. Hannibal ainsi fait général, ayant moins de vingt-cinq ans, soumit par les armes, dans le cours des années suivantes, toutes les nations de l’Espagne ; il prit de force Sagonte[2], ville alliée des Romains ; il forma trois armées très puissantes. II en envoya une en Afrique, il en laissa une en Espagne avec son frère Hasdrubal ; il mena la troisième avec lui en Italie. Il passa les défilés des Pyrénées. Partout où il fit route, il se battit avec les habitants du pays ; il ne laissa aucun peuple qu’il ne l’eût vaincu. Après qu’il fut arrivé aux Alpes, qui séparent l’Italie de la Gaule, que jamais personne n’avait traversées avant lui avec une armée, si ce n’est l’Hercule grec (d’où vient qu’aujourd’hui elles sont appelées les Alpes grecques[3]), il tailla en pièces les habitants de ces montagnes, qui entreprenaient d’arrêter sa marche. Il s’ouvrit des passages, se fraya des chemins, et fit en sorte qu’un éléphant chargé pût marcher par des endroits où un homme seul et sans armes pouvait à peine ramper. Ce fut par là qu’il fit passer ses troupes, et qu’il parvint en Italie. Hannibal, fils d’Hamilcar, était Carthaginois. S’il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu’Hannibal n’ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu’Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s’il n’avait pas été affaibli chez lui par l’envie de ses concitoyens, il semble qu’il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d’un grand nombre triompha du mérite d’un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome. il y resta si fidèle qu’il mourut avant d’y renoncer ; au point qu’ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains.
II. En effet, sans parler de Philippe[1], qu’il rendit de loin l’ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d’un si grand désir de faire la guerre, qu’il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu’Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu’il avait eus auparavant, et ne l’ayant pas fait en vain ; Hannibal l’apprit, et s’étant vu écarter des conseils secrets, il aborda le roi dans un moment favorable ; et, après lui avoir longuement parlé de sa bonne foi et de sa haine pour les Romains, il ajouta ces mots : « Mon père Hamilcar, quand j’étais petit enfant, puisque je n’avais pas plus de neuf ans, partant de Carthage pour l’Espagne en qualité de général, immola des victimes au grand Jupiter. Pendant que le sacrifice se faisait, il me demanda si je voudrais partir avec lui pour l’armée. Comme j’eus reçu cette proposition avec plaisir, et que je me fus mis à le prier de ne pas hésiter à m’emmener : Je le ferai, si tu me donnes la parole que je te demande. Et en même temps il me conduisit à l’autel, où il avait commencé à sacrifier ; et tous les autres assistants étant écartés, il m’ordonna, pendant que j’y posais la main, de jurer que je ne serais jamais en amitié avec les Romains. Ce serment que je fis à mon père, je l’ai gardé jusqu’à ce jour, de telle manière qu’il ne doit être douteux à personne que, durant le reste de ma vie, je ne sois dans la même disposition. Si donc tu médites quelque alliance à l’égard des Romains, tu feras prudemment de me le cacher ; mais quand tu prépareras la guerre contre eux, tu te nuiras à toi-même si tu ne me fais pas chef de l’entreprise. »
III. À l’âge donc que nous avons dit, Hannibal partit pour l’Espagne avec son père ; à la mort d’Hamilcar, Hasdrubal lui ayant été donné pour successeur, Hannibal commanda toute la cavalerie. Le nouveau général ayant aussi été tué, l’armée lui déféra le suprême commandement. Ce choix, connu à Carthage, y fut approuvé par l’autorité publique. Hannibal ainsi fait général, ayant moins de vingt-cinq ans, soumit par les armes, dans le cours des années suivantes, toutes les nations de l’Espagne ; il prit de force Sagonte[2], ville alliée des Romains ; il forma trois armées très puissantes. II en envoya une en Afrique, il en laissa une en Espagne avec son frère Hasdrubal ; il mena la troisième avec lui en Italie. Il passa les défilés des Pyrénées. Partout où il fit route, il se battit avec les habitants du pays ; il ne laissa aucun peuple qu’il ne l’eût vaincu. Après qu’il fut arrivé aux Alpes, qui séparent l’Italie de la Gaule, que jamais personne n’avait traversées avant lui avec une armée, si ce n’est l’Hercule grec (d’où vient qu’aujourd’hui elles sont appelées les Alpes grecques[3]), il tailla en pièces les habitants de ces montagnes, qui entreprenaient d’arrêter sa marche. Il s’ouvrit des passages, se fraya des chemins, et fit en sorte qu’un éléphant chargé pût marcher par des endroits où un homme seul et sans armes pouvait à peine ramper. Ce fut par là qu’il fit passer ses troupes, et qu’il parvint en Italie. Hannibal, fils d’Hamilcar, était Carthaginois. S’il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu’Hannibal n’ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu’Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s’il n’avait pas été affaibli chez lui par l’envie de ses concitoyens, il semble qu’il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d’un grand nombre triompha du mérite d’un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome. il y resta si fidèle qu’il mourut avant d’y renoncer ; au point qu’ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains.
II. En effet, sans parler de Philippe[1], qu’il rendit de loin l’ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d’un si grand désir de faire la guerre, qu’il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu’Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu’il avait eus auparavant, et ne l’ayant pas fait en vain ; Hannibal l’apprit, et s’étant vu écarter des conseils secrets, il aborda le roi dans un moment favorable ; et, après lui avoir longuement parlé de sa bonne foi et de sa haine pour les Romains, il ajouta ces mots : « Mon père Hamilcar, quand j’étais petit enfant, puisque je n’avais pas plus de neuf ans, partant de Carthage pour l’Espagne en qualité de général, immola des victimes au grand Jupiter. Pendant que le sacrifice se faisait, il me demanda si je voudrais partir avec lui pour l’armée. Comme j’eus reçu cette proposition avec plaisir, et que je me fus mis à le prier de ne pas hésiter à m’emmener : Je le ferai, si tu me donnes la parole que je te demande. Et en même temps il me conduisit à l’autel, où il avait commencé à sacrifier ; et tous les autres assistants étant écartés, il m’ordonna, pendant que j’y posais la main, de jurer que je ne serais jamais en amitié avec les Romains. Ce serment que je fis à mon père, je l’ai gardé jusqu’à ce jour, de telle manière qu’il ne doit être douteux à personne que, durant le reste de ma vie, je ne sois dans la même disposition. Si donc tu médites quelque alliance à l’égard des Romains, tu feras prudemment de me le cacher ; mais quand tu prépareras la guerre contre eux, tu te nuiras à toi-même si tu ne me fais pas chef de l’entreprise. »
III. À l’âge donc que nous avons dit, Hannibal partit pour l’Espagne avec son père ; à la mort d’Hamilcar, Hasdrubal lui ayant été donné pour successeur, Hannibal commanda toute la cavalerie. Le nouveau général ayant aussi été tué, l’armée lui déféra le suprême commandement. Ce choix, connu à Carthage, y fut approuvé par l’autorité publique. Hannibal ainsi fait général, ayant moins de vingt-cinq ans, soumit par les armes, dans le cours des années suivantes, toutes les nations de l’Espagne ; il prit de force Sagonte[2], ville alliée des Romains ; il forma trois armées très puissantes. II en envoya une en Afrique, il en laissa une en Espagne avec son frère Hasdrubal ; il mena la troisième avec lui en Italie. Il passa les défilés des Pyrénées. Partout où il fit route, il se battit avec les habitants du pays ; il ne laissa aucun peuple qu’il ne l’eût vaincu. Après qu’il fut arrivé aux Alpes, qui séparent l’Italie de la Gaule, que jamais personne n’avait traversées avant lui avec une armée, si ce n’est l’Hercule grec (d’où vient qu’aujourd’hui elles sont appelées les Alpes grecques[3]), il tailla en pièces les habitants de ces montagnes, qui entreprenaient d’arrêter sa marche. Il s’ouvrit des passages, se fraya des chemins, et fit en sorte qu’un éléphant chargé pût marcher par des endroits où un homme seul et sans armes pouvait à peine ramper. Ce fut par là qu’il fit passer ses troupes, et qu’il parvint en Italie. Hannibal, fils d’Hamilcar, était Carthaginois. S’il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu’Hannibal n’ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu’Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s’il n’avait pas été affaibli chez lui par l’envie de ses concitoyens, il semble qu’il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d’un grand nombre triompha du mérite d’un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome. il y resta si fidèle qu’il mourut avant d’y renoncer ; au point qu’ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains.
II. En effet, sans parler de Philippe[1], qu’il rendit de loin l’ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d’un si grand désir de faire la guerre, qu’il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu’Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu’il avait eus auparavant, et ne l’ayant pas fait en vain ; Hannibal l’apprit, et s’étant vu écarter des conseils secrets, il aborda le roi dans un moment favorable ; et, après lui avoir longuement parlé de sa bonne foi et de sa haine pour les Romains, il ajouta ces mots : « Mon père Hamilcar, quand j’étais petit enfant, puisque je n’avais pas plus de neuf ans, partant de Carthage pour l’Espagne en qualité de général, immola des victimes au grand Jupiter. Pendant que le sacrifice se faisait, il me demanda si je voudrais partir avec lui pour l’armée. Comme j’eus reçu cette proposition avec plaisir, et que je me fus mis à le prier de ne pas hésiter à m’emmener : Je le ferai, si tu me donnes la parole que je te demande. Et en même temps il me conduisit à l’autel, où il avait commencé à sacrifier ; et tous les autres assistants étant écartés, il m’ordonna, pendant que j’y posais la main, de jurer que je ne serais jamais en amitié avec les Romains. Ce serment que je fis à mon père, je l’ai gardé jusqu’à ce jour, de telle manière qu’il ne doit être douteux à personne que, durant le reste de ma vie, je ne sois dans la même disposition. Si donc tu médites quelque alliance à l’égard des Romains, tu feras prudemment de me le cacher ; mais quand tu prépareras la guerre contre eux, tu te nuiras à toi-même si tu ne me fais pas chef de l’entreprise. »
III. À l’âge donc que nous avons dit, Hannibal partit pour l’Espagne avec son père ; à la mort d’Hamilcar, Hasdrubal lui ayant été donné pour successeur, Hannibal commanda toute la cavalerie. Le nouveau général ayant aussi été tué, l’armée lui déféra le suprême commandement. Ce choix, connu à Carthage, y fut approuvé par l’autorité publique. Hannibal ainsi fait général, ayant moins de vingt-cinq ans, soumit par les armes, dans le cours des années suivantes, toutes les nations de l’Espagne ; il prit de force Sagonte[2], ville alliée des Romains ; il forma trois armées très puissantes. II en envoya une en Afrique, il en laissa une en Espagne avec son frère Hasdrubal ; il mena la troisième avec lui en Italie. Il passa les défilés des Pyrénées. Partout où il fit route, il se battit avec les habitants du pays ; il ne laissa aucun peuple qu’il ne l’eût vaincu. Après qu’il fut arrivé aux Alpes, qui séparent l’Italie de la Gaule, que jamais personne n’avait traversées avant lui avec une armée, si ce n’est l’Hercule grec (d’où vient qu’aujourd’hui elles sont appelées les Alpes grecques[3]), il tailla en pièces les habitants de ces montagnes, qui entreprenaient d’arrêter sa marche. Il s’ouvrit des passages, se fraya des chemins, et fit en sorte qu’un éléphant chargé pût marcher par des endroits où un homme seul et sans armes pouvait à peine ramper. Ce fut par là qu’il fit passer ses troupes, et qu’il parvint en Italie. Hannibal, fils d’Hamilcar, était Carthaginois. S’il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu’Hannibal n’ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu’Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s’il n’avait pas été affaibli chez lui par l’envie de ses concitoyens, il semble qu’il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d’un grand nombre triompha du mérite d’un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome. il y resta si fidèle qu’il mourut avant d’y renoncer ; au point qu’ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains.
II. En effet, sans parler de Philippe[1], qu’il rendit de loin l’ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d’un si grand désir de faire la guerre, qu’il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu’Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu’il avait eus auparavant, et ne l’ayant pas fait en vain ; Hannibal l’apprit, et s’étant vu écarter des conseils secrets, il aborda le roi dans un moment favorable ; et, après lui avoir longuement parlé de sa bonne foi et de sa haine pour les Romains, il ajouta ces mots : « Mon père Hamilcar, quand j’étais petit enfant, puisque je n’avais pas plus de neuf ans, partant de Carthage pour l’Espagne en qualité de général, immola des victimes au grand Jupiter. Pendant que le sacrifice se faisait, il me demanda si je voudrais partir avec lui pour l’armée. Comme j’eus reçu cette proposition avec plaisir, et que je me fus mis à le prier de ne pas hésiter à m’emmener : Je le ferai, si tu me donnes la parole que je te demande. Et en même temps il me conduisit à l’autel, où il avait commencé à sacrifier ; et tous les autres assistants étant écartés, il m’ordonna, pendant que j’y posais la main, de jurer que je ne serais jamais en amitié avec les Romains. Ce serment que je fis à mon père, je l’ai gardé jusqu’à ce jour, de telle manière qu’il ne doit être douteux à personne que, durant le reste de ma vie, je ne sois dans la même disposition. Si donc tu médites quelque alliance à l’égard des Romains, tu feras prudemment de me le cacher ; mais quand tu prépareras la guerre contre eux, tu te nuiras à toi-même si tu ne me fais pas chef de l’entreprise. »
III. À l’âge donc que nous avons dit, Hannibal partit pour l’Espagne avec son père ; à la mort d’Hamilcar, Hasdrubal lui ayant été donné pour successeur, Hannibal commanda toute la cavalerie. Le nouveau général ayant aussi été tué, l’armée lui déféra le suprême commandement. Ce choix, connu à Carthage, y fut approuvé par l’autorité publique. Hannibal ainsi fait général, ayant moins de vingt-cinq ans, soumit par les armes, dans le cours des années suivantes, toutes les nations de l’Espagne ; il prit de force Sagonte[2], ville alliée des Romains ; il forma trois armées très puissantes. II en envoya une en Afrique, il en laissa une en Espagne avec son frère Hasdrubal ; il mena la troisième avec lui en Italie. Il passa les défilés des Pyrénées. Partout où il fit route, il se battit avec les habitants du pays ; il ne laissa aucun peuple qu’il ne l’eût vaincu. Après qu’il fut arrivé aux Alpes, qui séparent l’Italie de la Gaule, que jamais personne n’avait traversées avant lui avec une armée, si ce n’est l’Hercule grec (d’où vient qu’aujourd’hui elles sont appelées les Alpes grecques[3]), il tailla en pièces les habitants de ces montagnes, qui entreprenaient d’arrêter sa marche. Il s’ouvrit des passages, se fraya des chemins, et fit en sorte qu’un éléphant chargé pût marcher par des endroits où un homme seul et sans armes pouvait à peine ramper. Ce fut par là qu’il fit passer ses troupes, et qu’il parvint en Italie. Hannibal, fils d’Hamilcar, était Carthaginois. S’il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu’Hannibal n’ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu’Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s’il n’avait pas été affaibli chez lui par l’envie de ses concitoyens, il semble qu’il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d’un grand nombre triompha du mérite d’un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome. il y resta si fidèle qu’il mourut avant d’y renoncer ; au point qu’ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains.
II. En effet, sans parler de Philippe[1], qu’il rendit de loin l’ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d’un si grand désir de faire la guerre, qu’il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu’Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu’il avait eus auparavant, et ne l’ayant pas fait en vain ; Hannibal l’apprit, et s’étant vu écarter des conseils secrets, il aborda le roi dans un moment favorable ; et, après lui avoir longuement parlé de sa bonne foi et de sa haine pour les Romains, il ajouta ces mots : « Mon père Hamilcar, quand j’étais petit enfant, puisque je n’avais pas plus de neuf ans, partant de Carthage pour l’Espagne en qualité de général, immola des victimes au grand Jupiter. Pendant que le sacrifice se faisait, il me demanda si je voudrais partir avec lui pour l’armée. Comme j’eus reçu cette proposition avec plaisir, et que je me fus mis à le prier de ne pas hésiter à m’emmener : Je le ferai, si tu me donnes la parole que je te demande. Et en même temps il me conduisit à l’autel, où il avait commencé à sacrifier ; et tous les autres assistants étant écartés, il m’ordonna, pendant que j’y posais la main, de jurer que je ne serais jamais en amitié avec les Romains. Ce serment que je fis à mon père, je l’ai gardé jusqu’à ce jour, de telle manière qu’il ne doit être douteux à personne que, durant le reste de ma vie, je ne sois dans la même disposition. Si donc tu médites quelque alliance à l’égard des Romains, tu feras prudemment de me le cacher ; mais quand tu prépareras la guerre contre eux, tu te nuiras à toi-même si tu ne me fais pas chef de l’entreprise. »
III. À l’âge donc que nous avons dit, Hannibal partit pour l’Espagne avec son père ; à la mort d’Hamilcar, Hasdrubal lui ayant été donné pour successeur, Hannibal commanda toute la cavalerie. Le nouveau général ayant aussi été tué, l’armée lui déféra le suprême commandement. Ce choix, connu à Carthage, y fut approuvé par l’autorité publique. Hannibal ainsi fait général, ayant moins de vingt-cinq ans, soumit par les armes, dans le cours des années suivantes, toutes les nations de l’Espagne ; il prit de force Sagonte[2], ville alliée des Romains ; il forma trois armées très puissantes. II en envoya une en Afrique, il en laissa une en Espagne avec son frère Hasdrubal ; il mena la troisième avec lui en Italie. Il passa les défilés des Pyrénées. Partout où il fit route, il se battit avec les habitants du pays ; il ne laissa aucun peuple qu’il ne l’eût vaincu. Après qu’il fut arrivé aux Alpes, qui séparent l’Italie de la Gaule, que jamais personne n’avait traversées avant lui avec une armée, si ce n’est l’Hercule grec (d’où vient qu’aujourd’hui elles sont appelées les Alpes grecques[3]), il tailla en pièces les habitants de ces montagnes, qui entreprenaient d’arrêter sa marche. Il s’ouvrit des passages, se fraya des chemins, et fit en sorte qu’un éléphant chargé pût marcher par des endroits où un homme seul et sans armes pouvait à peine ramper. Ce fut par là qu’il fit passer ses troupes, et qu’il parvint en Italie. Hannibal, fils d’Hamilcar, était Carthaginois. S’il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu’Hannibal n’ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu’Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s’il n’avait pas été affaibli chez lui par l’envie de ses concitoyens, il semble qu’il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d’un grand nombre triompha du mérite d’un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome. il y resta si fidèle qu’il mourut avant d’y renoncer ; au point qu’ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains.
II. En effet, sans parler de Philippe[1], qu’il rendit de loin l’ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d’un si grand désir de faire la guerre, qu’il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu’Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu’il avait eus auparavant, et ne l’ayant pas fait en vain ; Hannibal l’apprit, et s’étant vu écarter des c
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Vendredi 26 janvier 2007 5 26 /01 /Jan /2007 13:44

Carthage est fondée par des colons phéniciens de Tyr en 814 av. J.-C.

D'après la légende, ce serait la reine Didon, sœur du roi de Tyr, Pygmalion, qui fonde la cité. La reine aurait demandé au souverain voisin, Syfax, un roi berbère, l'autorisation de fonder un royaume sur ses terres. Celui-ci lui offrit alors un terrain aussi grand qu'une peau de vache. La reine plus maligne fait couper une peau de vache en lanières tres fine et trace les contours de Carthage.

La ville devient une puissance dominante en Méditerranée occidentale au IVe siècle av. J.-C..

Ce sont les Carthaginois qui introduisent le glaive court en fer dans le bassin méditerranéen, car jusqu'alors, les guerriers s'affrontent à l'aide de lances et de frondes. Carthage conquit l'Espagne ainsi que la Sicile où elle se heurte aux Romains.

Une série de trois conflits entre les deux puissances, les guerres puniques (les Romains nomment les Carthaginois Poeni), débutent au IIIe siècle av. J.-C. et se terminent avec la victoire de Rome et la destruction de Carthage en 146 av. J.-C., après un siège de quatre ans. Après une tentative avortée des Gracques, Jules César fonde par la suite une cité sur les ruines de la ville punique (Colonia Julia Carthago). Celle-ci devient la capitale de la nouvelle province d'Afrique. Au Bas-Empire, la cité, gagnée au christianisme, subit les persécutions impériales. Carthage devient, au IVe siècle, l'une des plus grandes capitales spirituelles d'Occident.

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Vendredi 26 janvier 2007 5 26 /01 /Jan /2007 13:44

Carthage est fondée par des colons phéniciens de Tyr en 814 av. J.-C.

D'après la légende, ce serait la reine Didon, sœur du roi de Tyr, Pygmalion, qui fonde la cité. La reine aurait demandé au souverain voisin, Syfax, un roi berbère, l'autorisation de fonder un royaume sur ses terres. Celui-ci lui offrit alors un terrain aussi grand qu'une peau de vache. La reine plus maligne fait couper une peau de vache en lanières tres fine et trace les contours de Carthage.

La ville devient une puissance dominante en Méditerranée occidentale au IVe siècle av. J.-C..

Ce sont les Carthaginois qui introduisent le glaive court en fer dans le bassin méditerranéen, car jusqu'alors, les guerriers s'affrontent à l'aide de lances et de frondes. Carthage conquit l'Espagne ainsi que la Sicile où elle se heurte aux Romains.

Une série de trois conflits entre les deux puissances, les guerres puniques (les Romains nomment les Carthaginois Poeni), débutent au IIIe siècle av. J.-C. et se terminent avec la victoire de Rome et la destruction de Carthage en 146 av. J.-C., après un siège de quatre ans. Après une tentative avortée des Gracques, Jules César fonde par la suite une cité sur les ruines de la ville punique (Colonia Julia Carthago). Celle-ci devient la capitale de la nouvelle province d'Afrique. Au Bas-Empire, la cité, gagnée au christianisme, subit les persécutions impériales. Carthage devient, au IVe siècle, l'une des plus grandes capitales spirituelles d'Occident.

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Jeudi 25 janvier 2007 4 25 /01 /Jan /2007 13:33
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